Chaussage du pied diabétique à risque

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Plusieurs études montrent qu’un programme de prévention des plaies du pied diabétique à risques permet de diminuer de 50 % le taux d’ulcérations du pied diabétique.

Les chaussures sont responsables de plus de 50 % des ulcérations du pied diabétique à risque (PDR). L’intérêt de l’éducation est souvent mal compris par les patients qui ont une absence totale de perception de la douleur au niveau des pieds en raison de la neuropathie.

Identification des pieds diabétiques à risque.
Identification des pieds diabétiques à risque.

Les patients à risque podologique doivent être examinés plus souvent : tous les 1 à 6 mois selon la gradation du risque.

Chaussures de série

Le chaussage du PDR vise à éviter des ulcérations des pieds ou leur récidive, ce qui est possible dans 60 à 85 % des cas selon les auteurs.

En cas de plaie du pied, tout patient ayant des PDR doit porter une chaussure de décharge, ouverte en regard de la plaie ou un autre moyen de décharge de la plaie, et doit donc abandonner son chaussage habituel jusqu’à cicatrisation complète.

Seuls les pieds diabétiques à risque d’ulcération chronique et donc d’amputation justifient des mesures spéciales de chaussage : cela correspond aux patients diabétiques ayant un grade de risque d’ulcération 1, 2 et 3 de la classification établie par le Consensus international sur le pied diabétique.

« Toute chaussure de série qui a blessé un pied diabétique à risque (PDR) reblessera et ne doit plus jamais être portée. »

Toutes les chaussures portées, quelque soit la durée d’utilisation, doivent avoir les mêmes caractéristiques de protection, visant à prévenir les ulcérations par le chaussage. L’idéal est de changer de chaussures, toutes bien adaptées, plusieurs fois dans la semaine et de se séparer des chaussures potentiellement dangereuses.

Avant de se chausser, le patient ayant un PDR doit mettre la main dans ses chaussures à la recherche d’un corps étranger éventuel.

Caractéristiques de la chaussure de série adaptée au pied diabétique à risque

Ce chaussage de série doit obéir à des règles assez strictes :

– achat en fin de journée (lorsque les pieds sont le plus oedèmatiés);

– pas de chaussures ouvertes même en été, pas de tige tressée;

– adaptation parfaite d’emblée : pas de chaussures qui « se font avec le temps » aux dépens des pieds;

– le modèle derby à lacets est le plus approprié permettant un réglage et un serrage adaptés aux variations fréquentes de volume du pied (une fermeture Velcro est plus adaptée au patient ayant des difficultés à atteindre ses pieds, bien que le maintien soit moins efficace);

– chaussure ni trop large ni trop étroite avec suffisamment de volume pour les orteils : le périmètre métatarsien doit être suffisant pour le confort de l’avant-pied. Ne pas compenser le manque de largeur en achetant une chaussure avec deux pointures de plus;

– tige de la chaussure en cuir souple : veau, vachette, agneau, chèvre. Le cuir est le seul matériau ayant du « prêtant » qui permet d’épouser le volume et la forme du pied. Il est plus hygiénique grâce à la capacité de respiration à travers ses pores et permet l’évacuation de l’humidité liée à la transpiration et l’échauffement des pieds;

– doublure en cuir souple, surtout en regard des orteils (éliminer les chaussures « dessus cuir » ayant une doublure en matériau synthétique);

– le bout dur de la chaussure, censé protéger les orteils chez le sujet sain, doit être le plus souple possible pour diminuer son agressivité sur un PDR;

– l’intérieur de la chaussure ne doit pas comporter de surpiqûres ou de coutures agressives, ce qui doit être contrôlé en mettant la main dans la chaussure;

– un cambrion est nécessaire pour éviter les risques d’instabilité du pied dans la chaussure : la chaussure ne se laisse pas plier au niveau de la cambrure;

– la semelle première doit être en matériau souple et perméable;

– le semellage externe doit être antidérapant;

– le pavé du talon doit être large et de hauteur maximum de 3 à 4 cm.

Certaines chaussures de série (figure 1) ou de sport sont bien adaptées au PDR, en cuir pleine fleur : modèle Gel Cardio de Asics (figure 2), modèles Fitness (Reebok).

Référence : Georges Ha Van, praticien hospitalier, Spécialisé en médecine physique et podologue, Coordonnateur de l’Unité de podologie, Service de diabétologie, CHU Pitié-Salpêtrière, Directeur d’enseignement du diplôme universitaire, «Le pied diabétique», Paris VI