Le sport est-il un facteur de risque d’arthrose ?

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Les excès d’impacts répétés en force et de rotations en charge sont nocifs pour le cartilage. Les sports de terrain et de piste doublent ou triplent le risque de coxarthrose. La gonarthrose touche, à l’âge moyen de 55 ans, 5 % des ex-footballeurs et 15 % des ex-joueurs d’élite. En amateur, sans longue recherche de performance, peu ou pas de risque. Cependant, traumatisme, chirurgie ou malformation préalables augmentent le risque.

Il en va du jeu articulaire comme de l’amour maternel : son absence est désastreuse ; son excès peut créer de notables perturbations… C’est ce qu’exprimait plus scientifiquement L. Sokoloff en 1969 : « le cartilage vit bien dans une large fourchette de charges ; en deçà et au- delà, il souffre ». En deçà, c’est l’atrophie cartilagineuse par manque d’utilisation ; au-delà, c’est la détérioration par excès de sollicitation.

Le sport est-il un facteur de risque d’arthrose ? Nous envisagerons successivement l’accusation, la défense, puis nous essaierons de conclure.

L’accusation : le sport peut créer l’arthrose

Sur l’animal, les sollicitations les plus nocives sont les impacts répétés en force et les rotations en charge qui engendrent plus ou moins rapidement des lésions typiques d’arthrose : fibrillation puis fissures cartilagineuses verticales au site des microtraumatismes, puis fissures obliques d’extension vers les aires encore intactes. De plus, l’os sous-chondral se densifie très précocement.

On trouve des lésions similaires chez l’homme, surtout après traumatisme. Chez l’animal comme chez l’homme, ces lésions sont beaucoup plus fréquentes et précoces lorsque les microtraumatismes se répètent sur une articulation anormale, dysplasique, traumatisée ou opérée (exemple : méniscectomie) ou encore immobilisée puis réutilisée sans progressivité.

Sport et articulations déjà pathologiques

Une hanche dysplasique, un genou malformé ou méniscectomisé ou déjà traumatisé (entorse et surtout rupture d’un croisé), une articulation déjà arthrosique mais indolore et méconnue, tous ces états préexistants favorisent considérablement l’arthrose due au sport « surajouté ». Exemples :

dans une étude française, 17,5 % des danseurs et danseuses professionnelles ont une coxarthrose à l’âge moyen de 45 ans. Or, ils avaient dans 80 % des cas une dysplasie congénitale méconnue [16] ;

chez des marathoniens très entraînés de 39 ans en moyenne, les six gonarthroses douloureuses survenaient toutes sur genoux dystrophiques ou préalablement traumatisés;

la rupture ancienne (20 à 27 ans auparavant) d’un ligament croisé a abouti à 71 % de gonarthroses chez 77 footballeurs français.

Discussion et conclusion

Manifestement, le réquisitoire l’emporte sur la défense, surtout si l’on ajoute que celle-ci ne porte que sur les marathoniens, avec, chez ces derniers, deux études rassurantes et deux ambiguës contre trois autres accusatrices. L’une des causes des désaccords apparents est l’hétérogénéité des méthodologies : par exemple, les uns comptent l’ostéophytose comme un signe d’arthrose, les autres y veulent la douleur associée, mais les athlètes sont hypoalgiques. Cependant, les données convergentes permettent de conclure ainsi :

• le risque d’arthrose est accru dans certains sports de compétition : le football, le rugby, le judo, les sports de raquette, le basketball, le handball, le volleyball, l’haltérophilie sont presque sûrement générateurs d’arthrose chez une notable proportion d’athlètes au-delà d’un certain niveau de pratique. Il n’y a pas d’études innocentant ces sports. Le genou est le plus touché, même en soustrayant les traumatismes. Ces derniers sont rares à la hanche et pourtant le risque de coxarthrose est lui aussi accru dans les sports en question (Tableau 2). Les compétiteurs d’élite sont les plus atteints. Les amateurs le sont beaucoup moins ;

• il est probable que l’hypoalgie, le dopage et la fatigue en fin d’épreuve dérangent la très précise synchronisation de la contraction musculaire protectrice (« corset » périarticulaire) et de l’impact itératif nocif ;

• les altérations articulaires préalables augmentent beaucoup le risque. Tout compétiteur ambitieux devrait subir un examen radiographique systématique dépistant une éventuelle dysmorphie ;

• en pratique quotidienne, devant une arthrose de la hanche ou du genou, à tout âge, mais surtout chez un sujet « trop jeune », il ne faut manquer d’interroger le sujet sur les sports jadis pratiqués en se souvenant de la liste des plus nocifs. Le niveau de pratique compte aussi, non seulement chez les athlètes, mais même chez les amateurs ambitieux, à proportion du haut niveau visé