Retour au sport après une chirurgie du ligament croisé antérieur : sur quels critères ?

0
8756

La rupture du ligament croisé antérieur (LCA) représente l’une des lésions du genou parmi les plus sérieuses, en particulier pour la durée d’arrêt occasionnée.

Parmi les athlètes qui reprendront le sport après plastie du LCA (PLCA), on estime que 6 à 25 % d’entre eux subiront une nouvelle rupture de ce ligament (en homo- ou controlatéral), soit un risque supérieur à des sujets sains.

Il est par ailleurs communément admis que les résultats d’une seconde ligamentoplastie restent inférieurs à ceux obtenus suivant la première intervention (laxité plus importante, taux plus élevé de rupture du néo-ligament, dégénérescence méniscale, lésions cartilagineuses…).

De plus, il est suggéré que certains facteurs comme une réduction de la qualité du contrôle neuromusculaire, un déséquilibre musculaire ou encore des perturbations de la biomécanique de course ou de sauts, facteurs qui sont régulièrement rencontrés après PLCA, augmentent le risque de développer d’autres lésions des membres inférieurs.

En conséquence, lorsqu’un athlète est susceptible de reprendre son activité sportive compétitive sans restrictions après un premier épisode de PLCA, il apparaît essentiel d’évaluer avec précision le risque de récidive. Selon Creighton, qui a développé un modèle théorique destiné à aider le médecin à prendre une décision de retour sur terrain (RST) après blessure, la première étape consiste à établir un bilan médical complet de l’athlète (historique de la blessure, symptômes, tests cliniques, tests de laboratoire et tests fonctionnels).

À cet égard, peu d’études ont permis d’identifier une relation entre évaluations spécifiques et risque de récidive. Certains auteurs ont cependant proposé d’utiliser des critères objectifs et subjectifs de RST, avec également des valeurs limites à atteindre avant de reprendre l’activité sportive sans restrictions et leur implémentation en pratique quotidienne de médecine sportive semble possible.

Dans ce contexte, il apparaît pertinent d’analyser sur quelles bases un médecin sportif décide d’autoriser le RST sans restrictions chez un athlète ayant subi une reconstruction du LCA. Dans le football professionnel, qui génère un nombre important de rupture du LCA, même si le chirurgien orthopédique intervient dans le suivi postopératoire, la décision finale d’autoriser le RST revient au médecin du club. Ainsi, l’objectif de ce travail consiste à analyser la manière dont les médecins de clubs professionnels de football décident d’autoriser le RST sans restrictions chez un joueur après PLCA.

Matériels et méthodes

En collaboration avec la Fédération française de football et l’Union royale belge des sociétés de Football Association, les médecins de clubs de football professionnel (France : Ligue 1 et Ligue 2 ; Belgique : Division 1) ont été invités à répondre à un questionnaire. Afin de développer ce questionnaire, une revue de littérature exhaustive concernant les critères de retour compétitif après rupture du LCA a été réalisée. Sur base de celle-ci, une formulation sous forme de questions à choix multiples (QCM) a ensuite été élaborée. Le questionnaire a ensuite été approuvé par trois experts en médecine sportive et en santé publique.

Classement, par ordre d’importance, des critères utilisés par les médecins interrogés pour déterminer le retour compétitif après PLCA.

1- Stabilité dynamique du genou lors d’un exercice spécifique au football
2- Force musculaire
3- Récupération d’amplitudes de flexion et extension de genou
4- Sensations subjectives rapportées par le sportif
5- Disparition totale des douleurs
6- Absence de laxité du genou
7- Performance à un test spécifique au football
8- Disparition totale de l’œdème
9- Respect d’une durée théorique minimale d’arrêt compétitif
10- Performance à un test de proprioception
11- Performance à un test fonctionnel général (exemple : hop test)
12- Souplesse musculaire
13- Analyse de la course
14- Niveau de condition physique
15- Facteurs de type morphologique et correction éventuelle
16- Imagerie médicale
17- Analyse EMG de l’activité fonctionnelle du quadriceps et des ischio-jambiers
18- Autre critère

Plus de 80 % des médecins de clubs professionnels de football interrogés dans cette étude déclarent utiliser au moins huit critères afin d’évaluer la capacité d’un footballeur à reprendre la compétition après plastie du LCA. Les trois critères considérés comme les plus déterminants sont, par ordre d’importance : la stabilité dynamique du genou lors d’un exercice spécifique au football, la force musculaire et la récupération complète ou quasi complète d’amplitudes articulaires de flexion et d’extension de genou.

Si le nombre élevé de critères permet certainement de cibler au mieux la capacité du sportif à reprendre la compétition, il subsiste cependant un manque de consensus sur les modalités pratiques d’évaluation ainsi que sur les valeurs-limites tolérées afin de garantir un RST sécurisé.

Ce constat provient certainement d’une part, d’un manque d’évidence scientifique concernant les critères qu’un sportif doit remplir avant la reprise sportive, mais aussi d’autre part, d’un manque de transposition vers la pratique quotidienne de lignes de conduite proposées dans la littérature spécialisée. Des études supplémentaires sont donc nécessaires pour identifier précisément les modalités de mise en pratique de critères de RST (types d’épreuves, valeurs-limites).

Science & Sports
F. Delvauxa, P. Rochcongarb, O. Bruyèrec, C. Danield, Y. Reginsterc, L. Croisiera